Marc Webb, le réalisateur derrière ce remake en prises de vues réelles de Blanche-Neige et les Sept Nains, avait une mission périlleuse : réinventer le premier long-métrage animé de Disney (1937), une œuvre historique qui a façonné l’imaginaire collectif. Pari réussi ? À moitié. Si le film offre une interprétation rafraîchie et attachante, portée par une Rachel Zegler étincelante, il trébuche sur deux écueils typiques des adaptations Disney : un méchant décevant et des nains… étrangement dérangeants.
L’héritage et la modernité : un équilibre délicat
L’original de 1937 était une prouesse technique et narrative pour son époque, mais son scénario – inspiré des frères Grimm – restait simple, presque rudimentaire. Webb et la scénariste Erin Cressida Wilson s’autorisent ici des libertés bienvenues : la Blanche-Neige de Zegler n’est plus une princesse passive attendant son prince. Elle gagne en profondeur, mue par une quête personnelle typique de l’ère Renaissance Disney (1989-1999), tout en conservant sa douceur iconique. Son amour pour Jonathan (Andrew Burnap), un bandit au cœur tendre, est crédible et touchant, sans tomber dans le « girlbossing » forcé.
La magie opère grâce au talent de Webb pour les romances – rappelez-vous (500) jours ensemble ou le couple Peter-Gwen dans The Amazing Spider-Man. Ici, il fusionne l’innocence des contes avec un réalisme moderne. Les numéros musicaux, signés par le duo Pasek & Paul (La La Land), mélangent hommages subtils et nouvelles compositions. « Waiting on a Wish » et « Une main rencontre une main » pourraient déjà figurer parmi les classiques Disney, dans la lignée des Sherman ou d’Alan Menken.
Gal Gadot en Reine… pas si méchante que ça
Hélas, le film pêche là où tant d’adaptations Disney échouent : le casting du méchant. Gal Gadot, pourtant magnétique en Wonder Woman, manque cruellement de mordant en Reine maléfique. Ses chansons (dont la nouvelle « All Is Fair ») sonnent faux, avec un chant trop travaillé en post-production – les montages saccadés pendant ses notes aiguës trahissent ses limites vocales. Dommage pour un rôle qui exigeait une présence à la Glenn Close (Cruella) ou Angelina Jolie (Malfoy).
Les nains : entre « uncanny valley » et voix sauvegardes
Quant aux sept nains… ouf. Leur design CGI flirte avec la vallée dérangeante – imaginez Dobby de Harry Potter après une nuit blanche. Heureusement, leurs voix (doublées par un casting énergique) redonnent vie à ces personnages iconiques. Le scénario tente de les moderniser en leur attribuant des pouvoirs liés à des gemmes, mais cette idée reste sous-exploitée. Résultat : des créatures à moitié convaincantes, sauvées in extremis par leur charisme vocal.
Une comédie musicale qui (presque) honore l’héritage
Malgré ces faux pas, Blanche-Neige séduit par son cœur et son ambition. C’est une ode à l’espoir et à la résistance face à la tyrannie, portée par Zegler – dont la voix cristalline et la présence lumineuse rappellent pourquoi Disney reste un maître des héroïnes intemporelles. Le film évite aussi l’écueil du remake copié-collé : les clins d’œil à l’original (comme le miroir magique) coexistent avec des twists modernes, comme une scène de danse en forêt qui aurait fait sourire Fred Astaire.
Reste que Disney persiste avec ses choix techniques discutables : effets numériques bâclés, traitement vocal approximatif… Après La Belle et la Bête et son autotune flagrant, on espérait mieux. Mais dans un paysage où les remakes s’enchaînent (Lilo & Stitch, Raiponce…), celui-ci tire son épingle du jeu grâce à sa sincérité.



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