Depuis un demi-siècle, Microsoft occupe une place centrale dans l’univers informatique, s’imposant comme un pilier de la tech parfois oublié tant son influence s’est fondue dans nos vies connectées.
Alors que l’entreprise, née avec l’ambition de mettre « un ordinateur dans chaque foyer et chaque bureau », célèbre ses 50 ans ce vendredi, elle mise désormais sur l’intelligence artificielle (IA) pour renforcer son empire.
« D’un point de vue narratif, Microsoft est une entreprise – et une action – plutôt ennuyeuse », confie Jeremy Goldman, analyste chez eMarketer, à propos de ce géant basé à Richmond, dans l’État de Washington.
« C’est paradoxal quand on sait que sa capitalisation boursière atteint 2 900 milliards de dollars, un chiffre colossal », poursuit-il. Seul Apple, le fabricant de l’iPhone, dépasse cette valorisation.
Aujourd’hui, le cloud computing alimente les revenus de Microsoft, soutenu par son logiciel Office omniprésent, désormais accessible en ligne et libéré des boîtes de disquettes ou de CD.
« Ce n’est pas une infrastructure glamour, mais elle est extrêmement rentable », souligne Goldman à propos des data centers et logiciels qui sous-tendent sa plateforme cloud. Amazon Web Services (AWS) et Google restent ses principaux rivaux dans ce domaine.
L’ère pré-cloud
À l’époque où Bill Gates et son ami d’enfance Paul Allen fondent « Micro-Soft » en 1975, les « nuages » évoquaient encore la météo, pas l’informatique. Leur système d’exploitation MS-DOS, rebaptisé « Windows », finira par équiper la majorité des ordinateurs mondiaux.
Les logiciels Office (Word, Excel, PowerPoint) deviendront des outils professionnels incontournables, résistant même à l’arrivée gratuite de Google Docs.
« Microsoft avait plusieurs secteurs vulnérables, Office en est le parfait exemple. Le fait qu’il reste aussi stratégique montre leur capacité à innover », analyse Goldman.
Sous l’ère de Satya Nadella, PDG depuis 2014, Microsoft a opéré un virage crucial en proposant ses logiciels sur tous les appareils via des abonnements cloud. Une stratégie qui, selon l’analyste, a sauvé l’entreprise d’un déclin face à des concurrents gratuits.
Talons d’Achille
Si Microsoft peine à rivaliser avec les géants du numérique sur les réseaux sociaux, les smartphones ou les assistants vocaux, ce n’est pas faute d’essayer.
Le groupe a lancé la console Xbox en 2001, racheté le studio Activision Blizzard il y a deux ans, et développé un service d’abonnement gaming en ligne. Malgré le moteur de recherche Bing (2009), Google règne toujours sur le secteur.
En 2016, Microsoft acquiert LinkedIn, réseau social professionnel en croissance constante, mais loin de l’impact de Facebook, Instagram ou X (ex-Twitter). Il serait aussi sur les rangs pour racheter TikTok, menacé d’interdiction aux États-Unis.
Pour Goldman, le point faible de Microsoft réside dans l’expérience utilisateur : « Apple et Google excellent à rendre leurs produits intuitifs ou ludiques. Microsoft n’a jamais été fort là-dessus. »
Le rendez-vous manqué du mobile
Steve Ballmer, PDG de 2000 à 2013 après Gates, est souvent critiqué pour avoir ignoré la révolution des smartphones. Son successeur Nadella promet alors de faire de Microsoft une entreprise « axée sur le mobile et le cloud ».
Le groupe investit massivement dans l’IA, s’associant à OpenAI (créateur de ChatGPT) et l’intégrant à Bing… sans grand succès.
Retard dans l’IA ?
Pour l’analyste indépendant Jack Gold, Microsoft accuse toujours un retard dans l’IA, faute de puces ou de modèles de base propriétaires.
« Ils sont moins avancés qu’AWS et Google, donc ils doivent rattraper leur retard », estime-t-il. Selon lui, le chiffre d’affaires de Google Cloud pourrait dépasser celui d’Azure d’ici deux ans.
Malgré ces défis, Microsoft, cinquante ans après sa création, reste un géant dont l’histoire continue de s’écrire à l’ombre – ou à la lumière – des révolutions technologiques.



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