Après l’annonce par Donald Trump du rétablissement de tarifs douaniers mondiaux ce mercredi, les réseaux sociaux se sont emparés d’une question brûlante : quelle logique se cache derrière ces chiffres ? Outre un taux de base de 10 % appliqué à tous les pays, des surtaxes supplémentaires frapperaient les nations jugées par l’ancien président « injustes » envers les États-Unis. Une approche qui soulève autant de questions que de scepticisme.
Une formule troublante
L’économiste James Surowiecki a rapidement proposé une hypothèse étonnante. Selon lui, les taux annoncés par la Maison Blanche correspondent précisément à un calcul simple : diviser le déficit commercial d’un pays avec les États-Unis par ses exportations totales vers le territoire américain, puis réduire ce chiffre de moitié. Résultat ? Un « tarif réciproque ajusté » clé en main. Bien que l’administration ait démenti en publiant sa propre formule, Politico relève qu’elle ressemble étrangement à une version sophistiquée de la méthode de Surowiecki.
Interrogés par Verge sur une solution « simple » pour corriger les déséquilibres commerciaux, plusieurs chatbots ont tous suggéré une formule similaire à celle utilisée par Trump. Une coïncidence qui interroge, mais pas vraiment surprenante pour qui connaît le fonctionnement de ces IA. « Les chatbots reproduisent ce qu’ils voient fréquemment en ligne », explique un expert. Leur réponse équivaut à dire : « Beaucoup de gens pensent que… » – un écho des débats publics, pas une analyse experte.
Des méthodes qui font tiquer
Si la Maison Blanche nie avoir préféré l’IA aux économistes, ses penchants pour les outils grand public lui ont déjà valu des critiques. Récemment épinglée pour avoir utilisé l’application Signal – chouchou d’Elon Musk – pour échanger sur des plans militaires sensibles, l’administration semble aussi miser sur l’intelligence artificielle pour réduire les coûts fédéraux, comme en témoigne son projet « DOGE ».
Autre élément troublant : des territoires inhabités, comme l’île Heard, figurent sur la liste des cibles tarifaires. Pire, certains pays sanctionnés, comme l’Australie, affichent… un excédent commercial avec les États-Unis. De quoi douter de la rigueur derrière ces décisions.
L’économie, grande oubliée du débat ?
Rappelons qu’un déficit commercial n’est pas toujours un signe de faiblesse. Les États-Unis, économie dominante dans les services (logiciels, gestion de chaînes logistiques, etc.), exportent massivement leur savoir-faire – Netflix et Facebook en sont des symboles. Leur force réside dans ce que les économistes nomment l’« avantage comparatif » : chaque nation se spécialise dans ce qu’elle fait de mieux. Les Américains importent ainsi des biens manufacturés, car leur main-d’œuvre coûteuse rend la production locale peu compétitive.
Imposer des tarifs à des pays comme Madagascar ou l’Éthiopie, incapables d’acheter soudainement des milliards de dollars de produits américains, semble contre-productif. Pourtant, Trump promet un retour en force des usines locales et minimise l’impact sur les prix – comme si déporter des migrants allait magiquement baisser le coût des laitues…
Entre approximations et solutions numériques douteuses, cette stratégie tarifaire ressemble moins à un plan économique qu’à un coup de poker politique. Reste à savoir qui en paiera les pots cassés.



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