Chaque matin à Bukavu, c’est le même rituel glaçant. Les habitants découvrent des corps abandonnés dans les rues en pente de cette ville de l’est de la République démocratique du Congo (RDC), tombée aux mains du mouvement rebelle M23 en février dernier. Soutenu par le Rwanda, le groupe a conquis la capitale du Sud-Kivu sans rencontrer de résistance, comme il l’avait fait auparavant avec Goma.
Pourtant, contrôler ces territoires ne signifie pas les pacifier. La nuit, les rues se vident. « Dès que le soleil se couche, on s’enferme. Les bandits rôdent partout », confie Jean Bosco, habitant de Bukavu. Sans tribunaux, ni prisons, et avec une police quasi inexistante, la criminalité explose. Les armes abandonnées par l’armée congolaise en fuite alimentent le chaos, tout comme des milices pro-gouvernementales et des criminels libérés des geôles.
Entre milices et survie : la population prise en étau
Les « wazalendo » – ces miliciens dits « patriotes » – se cachent dans les quartiers périphériques. La nuit, ils descendent pour piller, attaquer les maisons, semant la terreur. « La semaine dernière, ils ont frappé ma sœur à la tête pour lui voler ses affaires », raconte Jean Bosco. Les habitants tentent de s’organiser : sifflets pour alerter les voisins, lampes pour éclairer les ruelles… Mais la peur domine.
« Aucune nuit ne passe sans qu’on entende parler d’une famille attaquée », souligne Amos Bisimwa, porte-parole de la société civile. Les lynchages de suspects se multiplient, parfois pour régler des comptes. Le M23, accusé par l’ONU d’exécutions sommaires – y compris de mineurs –, tente de calmer le jeu. Le groupe rebelle forme d’anciens policiers et soldats congolais ralliés à sa cause, mais peine à gagner la confiance.
Goma, Bukavu… Le M23 étouffé par ses conquêtes ?
En s’emparant de villes stratégiques, le M23 a peut-être cru trop vite à sa victoire. « Ils sont partout et nulle part à la fois », analyse Onesphore Sematumba, chercheur à l’International Crisis Group. Entre gérer les territoires occupés et poursuivre l’armée congolaise, les rebelles sont débordés. À Goma, une attaque nocturne des « wazalendo » a été repoussée en avril, mais les milices restent une épine dans le pied du M23.
Sur le tarmac de l’aéroport de Kavumu, un porte-parole du mouvement assure « tout faire pour protéger la population ». Pourtant, dans les rues, l’épuisement se lit sur les visages. « On en a marre de ces guerres sans fin », lâche un jeune homme sous couvert d’anonymat. « Si les wazalendo arrivent, on applaudira. Si c’est le M23, on fera pareil. »
Entre crise économique – les banques sont fermées – et vide sécuritaire, les civils paient le prix fort. Et tandis que le M23 rêve de légitimité, la nuit continue de tomber sur Bukavu, apportant avec elle son lot de violences et d’incertitudes.
Avec l’AFP



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