Plus de mille médecins, chercheurs et professionnels de santé sonnent l’alarme : un projet de loi français pourrait fragiliser les contrôles sanitaires et rouvrir la porte à des pesticides dangereux, interdits depuis des années. La bataille s’annonce serrée à l’Assemblée nationale.
Une loi qui fait grincer des dents
À l’origine du texte, le sénateur Laurent Duplomb. Son idée ? Créer un « conseil agricole » ayant le pouvoir de favoriser l’usage de certains pesticides… même si des alternatives plus sûres existent. Problème : ce conseil pourrait court-circuiter l’Anses, l’agence indépendante qui évalue les risques sanitaires depuis 2015.
Dans une lettre ouverte adressée à quatre ministres, plus de mille signataires – dont Médecins du Monde et Alerte des Médecins sur les Pesticides – dénoncent un « recul pour la santé publique ». Leur crainte majeure ? Voir réapparaître des produits comme les néonicotinoïdes, ces insecticides tueurs d’abeilles bannis en 2016.
« L’Anses menacée de démission »
Le directeur général de l’Anses, Benoît Vallet, n’y va pas par le dos de la cuillère : il a annoncé quitter son poste si la loi est adoptée en l’état. Lors d’une audition fin mars, il a rappelé que « l’indépendance scientifique n’est pas négociable » pour l’agence.
Les experts pointent un conflit d’intérêts potentiel : « Ce texte permettrait au ministère de l’Agriculture de contourner nos évaluations », explique un chercheur sous couvert d’anonymat. Concrètement, des pesticides classés dangereux pourraient être réautorisés… sans validation des scientifiques.
Le spectre des « pesticides zombies »
L’exemple des néonicotinoïdes fait frémir. Surnommés « tueurs d’abeilles », ils avaient pourtant obtenu une dérogation en 2023 pour les betteraves. Les signataires redoutent un effet boule de neige : « Si on revient sur cette interdiction, d’autres produits suivront », prévient un médecin signataire.
Le timing ajoute à l’urgence : le texte doit être examiné fin mai à l’Assemblée. Pour les opposants, c’est un mauvais coup porté à la transition écologique. « On ne peut pas à la fois parler de souveraineté alimentaire et réautoriser des poisons environnementaux », lance une agricultrice bio jointe par téléphone.
Science vs politique : qui décide ?
Au cœur du débat, une question cruciale : qui doit avoir le dernier mot sur les pesticides ? Les élus ou les experts indépendants ? Pour les professionnels de santé, la réponse est claire : « Sans l’Anses, les lobbys agricoles dictent la loi. La santé passe après les profits. »
Reste à voir si les députés suivront cet avertissement. Une chose est sûre : le combat promet d’être acharné dans les semaines à venir. Et si la loi passe, gare à l’effet domino…



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