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Coup de filet contre les « dons de sperme sauvages » : le site Childable.net démantelé, son fondateur interpellé

Coup de filet contre les "dons de sperme sauvages" : le site Childable.net démantelé, son fondateur interpellé

C’est une enquête aussi insolite qu’inquiétante que viennent de boucler les gendarmes de Lille. Jeudi, un administrateur présumé du site controversé « Childable.net » a été placé en garde à vue. Son activité ? Proposer, hors de tout cadre légal et médical, une plateforme de mise en relation entre femmes désireuses d’enfant et… donneurs de sperme. Une pratique qualifiée de « PMA sauvage » par les enquêteurs, avec son lot de dangers bien réels.

Une PMA parallèle et dangereuse

Derrière une interface vieillotte, le site, actif depuis plus de six ans, abritait une communauté discrète mais conséquente : près de 7.000 membres y étaient inscrits au moment de sa fermeture. Le concept séduisait en promettant une alternative aux délais souvent longs des centres de Procréation Médicalement Assistée (PMA) officiels. « Avoir un enfant tout(e) seul(e) n’est probablement pas votre idéal, mais nous vivons de plus en plus dans une société monoparentale », pouvait-on lire sur la page d’accueil, présentant la plateforme comme une solution aux lourdeurs administratives.

Mais derrière ce vernis de solidarité se cachait une réalité bien moins reluisante. Ces « dons de sperme sauvages » opéraient totalement hors des radars, sans le moindre contrôle sanitaire ou juridique. « Toute la difficulté, c’est qu’il n’y a aucune traçabilité. Pour l’enquête évidemment, mais aussi et surtout pour les femmes qui y ont recours et pour leurs enfants », souligne le lieutenant-colonel Vincent Audon, numéro 2 de la Section de recherches de Lille. Impossible, par exemple, de savoir combien de naissances sont réellement issues du site, ni combien de « dons » un même homme a pu effectuer – une situation qui ouvre grand la porte aux risques de consanguinité, strictement encadrée dans le cadre légal français (limité à 10 enfants par donneur).

Des risques majeurs pour les femmes et les enfants

L’absence de contrôle médical constitue un autre péril majeur. Aucune vérification n’était faite sur l’état de santé des donneurs ou l’existence d’éventuelles pathologies génétiques. « Il est également possible qu’un donneur profite de la vulnérabilité des femmes, qui sont souvent en parcours de procréation depuis des mois voire des années, pour les pousser à accepter un rapport sexuel », met en garde le lieutenant-colonel Audon. Une situation d’autant plus préoccupante que les victimes potentielles portent rarement plainte, rongées par la honte ou la crainte d’être stigmatisées pour avoir eu recours à un site illégal.

Le business opaque de la PMA parallèle

Si le site se drapait dans un discours d’entraide, l’enquête a révélé un système bien moins désintéressé. L’administrateur interpellé, un homme au casier judiciaire vierge qui aurait lui-même réalisé « plusieurs dizaines de dons » depuis 2018 selon les gendarmes, reconnaît les faits. Il aurait expliqué vouloir « enfanter sans en assumer les responsabilités ». Surtout, il tirait profit du système : d’une part en faisant payer un abonnement pour l’accès aux mises en relation, d’autre part… en réclamant lui-même une rémunération pour ses propres « dons ».

Le paiement en cryptomonnaie, nouvelle faille

L’affaire prend une tournure moderne avec l’usage de la cryptomonnaie. Les enquêteurs ont découvert que certains donneurs exigeaient ouvertement un « dédommagement » – souvent de plusieurs centaines d’euros – payé en crypto-actifs. « Certains le spécifiaient très clairement sur leur profil, expliquant qu’il s’agissait d’une forme de dédommagement pour le transport ou le logement, par exemple », précise le lieutenant-colonel Audon. Une méthode qui ajoutait une couche d’opacité aux transactions déjà illégales.

La fermeture de Childable.net met en lumière les dérives d’un marché parallèle de la PMA, attirant des personnes désespérées par les délais ou les contraintes du système officiel. Mais elle rappelle surtout, cruellement, les risques sanitaires, éthiques et psychologiques encourus lorsque la conception d’un enfant échappe à tout cadre protecteur. Le fondateur présumé du site, désormais en garde à vue, fait face à de graves accusations, tandis que les autorités tentent d’évaluer l’ampleur réelle de ces « dons de sperme sauvages » et de leurs conséquences potentielles. Une triste ironie pour un site qui se présentait comme une solution à la solitude… mais dont le modèle reposait sur une marchandisation déguisée.

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