Paris – Le Premier ministre François Bayrou est directement mis en cause dans un rapport parlementaire accablant sur les violences physiques et sexuelles subies par des élèves du collège Notre-Dame de Bétharram dans les années 1990. À l’époque ministre de l’Éducation, il aurait « manqué à son devoir » en n’intervenant pas pour faire cesser ces agissements, selon les conclusions de l’enquête rendues publiques ce mercredi.
Un scandale qui rattrape Bayrou
L’affaire n’est pas nouvelle, mais elle colle aux basques du chef du gouvernement depuis son arrivée à Matignon. Le rapport, fruit de plusieurs mois d’investigation, s’est penché sur les violences en milieu scolaire en général, mais c’est le dossier Bétharram – situé près de Pau, la ville natale de Bayrou – qui attire tous les regards.
Certains de ses propres enfants y ont été scolarisés. Et si les premières accusations remontent à trente ans, l’affaire a resurgi violemment l’an dernier après la parution d’un livre-témoignage d’un ancien élève, suivi d’une enquête judiciaire sur des dizaines de nouveaux signalements.
Pire : la fille de Bayrou a révélé au début de l’année avoir elle-même subi des violences dans un établissement jumeau… sans en avoir informé son père.
Les contradictions du Premier ministre
Le Premier ministre a d’abord assuré n’avoir « rien su » des faits. Puis, contredit par des éléments concrets, il a concédé avoir eu connaissance de certaines allégations… via la presse. Une version mise à mal par des témoignages de magistrats affirmant qu’il était parfaitement informé du dossier.
En mai, lors de son audition par la commission d’enquête, Bayrou a vivement dénoncé une « instrumentalisation politique », jurant n’avoir « jamais rien caché ». Son cabinet n’a pas réagi dans l’immédiat à la publication du rapport.
Un système de violence institutionnalisé
Les pages du document font froid dans le dos : châtiments corporels humiliants, violences sexuelles, climat de terreur… Les enquêteurs estiment que Bétharram a été pendant des décennies le théâtre de « violences systémiques, qu’on ne saurait réduire à des cas isolés ».
Plus largement, le rapport pointe un modèle scolaire français « encore ancré dans le passé », où « l’apprentissage de la soumission à l’autorité » prévaut trop souvent. Un risque « accentué dans les établissements catholiques », où règne selon les auteurs une « tendance à gérer les problèmes en interne ».
Une popularité en chute libre
Pour Bayrou, l’affaire Bétharram est devenue un boulet politique. Selon un sondage Ifop publié en juin, 80% des Français désapprouvent son action – un record.
« Quand on évoque Bayrou aujourd’hui, les gens ne pensent pas à sa politique, ils pensent à Bétharram », résume Frédéric Dabi, directeur général de l’institut de sondage.
La balle est désormais dans le camp du gouvernement. Entre déni et mauvaise foi, le Premier ministre parviendra-t-il à sortir la tête de l’eau ? Rien n’est moins sûr.

