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Marine Le Pen ou Jordan Bardella ? La crise d’identité qui secoue l’extrême droite française

Marine Le Pen face à un verdict qui pourrait anéantir ses ambitions présidentielles

À l’approche de la présidentielle de 2027, le Rassemblement national est traversé par une question cruciale : qui portera ses couleurs face à Emmanuel Macron ou son successeur ? Marine Le Pen, empêtrée dans une condamnation judiciaire, ou Jordan Bardella, en pleine ascension et déjà perçu comme présidentiable ?

Une rivalité au sommet du RN

Le Rassemblement national, premier parti de France en intentions de vote, se retrouve face à une équation délicate. Officiellement, Marine Le Pen reste la candidate naturelle pour l’Élysée. Mais sa condamnation pour fraude, en appel jusqu’en 2026, pourrait l’écarter du scrutin.

En parallèle, Jordan Bardella, 29 ans, président du RN et protégé de Le Pen, voit sa cote grimper dans les sondages. Longtemps considéré comme un dauphin docile, il s’impose désormais comme une alternative crédible.

Si Le Pen séduit la France des classes populaires et des anciens bassins industriels, Bardella s’adresse désormais aux électeurs du sud plus aisé et aux milieux patronaux. Un changement de ligne qui divise l’appareil du parti mais pourrait s’avérer payant pour franchir la barre des 50 % au second tour.

Bardella séduit les milieux d’affaires

La stratégie Bardella s’est affichée au grand jour lors du Freedom Summit de juin, soutenu par Vincent Bolloré et Pierre-Édouard Stérin. Dans un Casino de Paris surchauffé, il a électrisé la salle en dénonçant la bureaucratie européenne et en évoquant des coupes dans les dépenses sociales.

S’inspirant de Giorgia Meloni, Bardella martèle :

« Italy is the only G7 country with a primary budget surplus in 2024. »
« Giorgia Meloni is the living proof that popular will can prevail in the ballot. »

Un discours qui tranche avec celui de Le Pen, plus ancré dans le protectionnisme et la défense du pouvoir d’achat des classes populaires.

Le plan B assumé du RN

L’incertitude autour de la candidature de Marine Le Pen fragilise le RN. Officiellement, elle reste la figure centrale. Officieusement, Bardella est devenu le plan B.

Dans une interview à Valeurs Actuelles, Le Pen elle-même reconnaît :

« J’ai accepté la possibilité que je ne pourrai pas me présenter. (…) Que je me suicide avant d’être assassinée ? »

Une déclaration qui illustre la tension croissante. D’autant que certains sondages testent désormais uniquement Bardella comme candidat RN en 2027. Résultat : il obtient des scores comparables, voire équivalents, à ceux de Le Pen.

Une base militante partagée

Sur le terrain, les militants se disent attachés à l’un comme à l’autre. Lors d’un meeting en juin, Nicolas Rocard, 36 ans, résumait l’état d’esprit :

« J’aime les deux, Marine Le Pen pour son expérience, Jordan Bardella pour son charisme. Qui est le candidat ? Ça m’est égal. »

Même écho chez Christelle Maho, conseillère RN en Bretagne :

« Sincèrement, je préférerais que ce soit Marine. À défaut, ce sera Jordan. »

L’immigration et la sécurité restent les thèmes mobilisateurs, mais le parti gagne aussi du terrain auprès des classes moyennes et des entrepreneurs grâce à son discours anti-taxes et anti-réglementations.

Une stratégie économique décisive

Pour atteindre l’Élysée, le RN doit séduire au-delà de son socle populaire. C’est la mission que Bardella s’est fixée : conquérir les électeurs de la droite libérale, ex-sarkozystes en tête. Il n’a d’ailleurs pas hésité à rencontrer Nicolas Sarkozy récemment, un geste inimaginable pour Le Pen.

S’il inquiète les cadres historiques du parti, qui craignent un virage trop libéral, Bardella est convaincu que seule cette ouverture peut transformer le RN en parti de gouvernement.

Un député RN confie :

« Quand on veut passer de 35 à 51 %, il faut parler à plusieurs électorats, y compris aux anciens fans de Sarkozy. »

2027 : le duel annoncé

À deux ans de l’échéance présidentielle, le RN est donc face à une crise d’identité. Marine Le Pen, figure historique, pourrait être empêchée. Jordan Bardella, jeune et lisse, attire de nouveaux soutiens mais bouscule l’équilibre interne.

Une certitude : pour l’électorat d’extrême droite, peu importe le visage, le cap reste le même — immigration, sécurité, rejet de Bruxelles. Mais pour accéder enfin au pouvoir, le choix du candidat sera décisif.

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