Sous pression face à une dette publique record et à un système de retraites jugé intenable, le Premier ministre François Bayrou a choisi de pointer du doigt les plus de 60 ans. Mais sa bataille contre une génération entière pourrait bien lui coûter son poste.
Un Premier ministre en sursis
À la tête du gouvernement depuis moins de neuf mois, François Bayrou joue sans doute sa dernière carte. Le Premier ministre, allié d’Emmanuel Macron, doit affronter un vote de confiance le 8 septembre, et tout indique qu’il pourrait devenir le troisième chef de gouvernement à tomber en un an. Son crime politique ? Avoir ouvertement mis en cause les retraités et les baby-boomers dans l’explosion de la dette publique française.
« La population active est réduite à l’esclavage », a-t-il dénoncé, accusant les générations précédentes d’avoir contracté « des emprunts pris à la légère ».
Une bombe à retardement budgétaire
La France consacre 400 milliards d’euros par an aux retraites, soit 14 % du PIB. Une somme colossale qui pourrait grimper de 50 milliards d’ici 2035, puis atteindre le demi-millier de milliards dans les années 2040. En cause : une population vieillissante, avec déjà 19 millions de Français âgés de plus de 60 ans. Leur part dans la population passera de 25 % aujourd’hui à un tiers d’ici 2040.
Selon les économistes, plus de la moitié de l’augmentation de la dette publique française entre 2018 et 2023 — soit 839 milliards d’euros — est directement liée aux retraites. « Il y a un risque de cannibalisation, où l’on finance le présent et le passé au détriment de l’avenir », alerte Maxime Sbaihi, ancien directeur de l’Institut Montaigne.
Bayrou assume le bras de fer avec les retraités
Né en 1951, donc lui-même boomer, Bayrou tente pourtant de secouer sa propre génération. « Tout cela pour aider… les boomers, comme on dit, qui estiment que tout va bien », lâchait-il récemment lors d’une interview télévisée. Même s’il s’est défendu de vouloir « cibler » les retraités, son message est limpide : les seniors devront se serrer la ceinture.
Mais toucher aux retraites reste un sujet explosif. Après la contestée réforme ayant repoussé l’âge légal de 62 à 64 ans, la gauche comme la droite refusent d’apporter leur soutien au Premier ministre. De nouvelles manifestations sont déjà prévues le 10 septembre.
Un système à bout de souffle
La situation budgétaire française inquiète aussi à Bruxelles. Avec un déficit public de 6,1 % du PIB en 2024, deux fois supérieur à la limite européenne, Paris ne prévoit pas de revenir sous les 3 % avant 2029. Certains redoutent même une intervention du FMI si la trajectoire n’est pas corrigée.
« La France vit dans une illusion collective : on croit qu’on est un pays jeune, qu’on peut s’arrêter de travailler à 60 ans », déplore Sbaihi.
Pour l’économiste Thierry Pech, directeur de Terra Nova, une réforme plus équitable devrait cibler « les retraités les plus aisés », mais il concède que cela demanderait « un peu de courage politique et beaucoup de pédagogie ».
Un avertissement pour toute l’Europe
Si la France, deuxième économie de l’UE, trébuche, c’est toute la zone euro qui pourrait être entraînée dans une nouvelle crise de la dette, comme celle qui avait secoué l’Europe il y a quinze ans. Car ce défi démographique n’est pas propre à l’Hexagone : l’Espagne, l’Italie ou encore l’Allemagne font face au même mur budgétaire, avec des populations vieillissantes et trop peu de cotisants pour financer les retraites.
Pour Bayrou, l’issue semble déjà écrite : ses adversaires s’apprêtent à le renverser. Mais son dernier combat restera dans les mémoires comme celui d’un Premier ministre qui a osé nommer ce que beaucoup redoutent d’admettre : la retraite des boomers est en train d’asphyxier la France.

