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Tempêtes de sable : ces pollutions mortelles venues du désert que l’on ignorait

Tempêtes de sable : ces pollutions mortelles venues du désert que l’on ignorait

Des scientifiques lèvent le voile sur un phénomène atmosphérique sous-estimé : les tempêtes de sable seraient à l’origine d’une pollution de l’air bien plus toxique qu’on ne le pensait.

Chaque printemps, les satellites captent d’immenses panaches beiges s’élevant du Sahara, de la Mongolie intérieure ou encore des déserts du Moyen-Orient. Ces nuages de poussière, portés par les vents, traversent les continents, teintent le ciel d’un orange rouille et voyagent parfois jusqu’à franchir les océans.

Longtemps, les scientifiques ont vu dans ces poussières minérales un acteur passif de l’atmosphère. Certes, elles jouent un rôle dans la fertilisation des sols et l’équilibre climatique, mais on les croyait chimiquement inertes une fois en suspension dans l’air.

Une étude internationale récemment publiée dans National Science Review remet cette idée en cause. Les chercheurs révèlent que ces grains de sable, une fois en altitude, se transforment en véritables « réacteurs chimiques volants », contribuant à une pollution atmosphérique particulièrement nocive.

Des grains de poussière qui changent l’air

Lorsqu’ils restent plusieurs heures, voire plusieurs jours, dans l’atmosphère, ces grains minéraux se recouvrent d’un film mince composé d’eau et de nitrates. Ce revêtement transforme leur surface : il piège des gaz présents dans l’air, accélère les réactions chimiques, et engendre ce que les scientifiques appellent des aérosols organiques secondaires (ou SOA). Il s’agit de minuscules particules de carbone capables d’obscurcir le ciel, d’altérer l’équilibre thermique de la planète… et surtout, de nuire gravement à notre santé respiratoire.

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Pour mieux comprendre ce phénomène, des équipes de terrain ont prélevé des échantillons d’air en pleine tempête de sable, de la Mongolie intérieure jusqu’à l’île grecque de Crète. Grâce à des microscopes électroniques et des sondes chimiques ultra-précises, les chercheurs ont découvert qu’environ la moitié des SOA solubles dans l’eau étaient piégés dans des grains de poussière de grande taille — appelés super-microns. Une surprise, car les manuels affirmaient jusqu’ici que ces particules se formaient principalement dans des suies ou au cœur des gouttelettes de nuage.

Quand la poussière devient une usine chimique

Tout l’enjeu repose sur le vieillissement de la poussière. En traversant des zones polluées, les grains minéraux réagissent avec les gaz acides, notamment l’acide nitrique. Ce dernier attaque leur surface riche en calcium et forme du nitrate de calcium, une substance très efficace pour absorber l’humidité ambiante.

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Résultat : même lorsque l’air est extrêmement sec (moins de 10 % d’humidité), une fine pellicule liquide se condense à la surface du grain. Dans ce micro-film aqueux se dissolvent des gaz tels que le glyoxal – issu de la combustion des énergies fossiles et de certaines émissions végétales. Ces molécules réagissent entre elles, se combinent et forment des composés lourds, visqueux et persistants. Autrement dit, chaque grain devient une minuscule fabrique à pollution solide, piégeant les gaz volatils et les transformant en particules dangereuses.

Un impact majeur sur la pollution de l’air

Jusqu’ici, ce type de réaction n’avait été observé qu’en laboratoire. Mais grâce aux mesures sur le terrain et à des modélisations climatiques à grande échelle, l’étude démontre que ce mécanisme est omniprésent dans la ceinture désertique qui s’étend du Sahara à la Chine, en passant par le Moyen-Orient.

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Dans ces régions, jusqu’à deux tiers des SOA produits lors des tempêtes de sable proviendraient de réactions chimiques à la surface des grains. À l’échelle mondiale, cette chimie sur poussière en suspension pourrait représenter environ un sixième des SOA totaux — un chiffre largement sous-estimé jusqu’à présent.

« Cette découverte représente une avancée majeure dans la compréhension des aérosols organiques secondaires », explique le professeur Zongbo Shi, spécialiste en biogéochimie atmosphérique à l’université de Birmingham et auteur principal de l’étude. « Nous avons montré que la poussière vieillie, chargée d’eau, agit comme une éponge et un réacteur chimique, absorbant les polluants gazeux et les transformant en particules nuisibles à la santé et au climat. »

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