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Reines bourdons : pourquoi leurs « pauses stratégiques » sont cruciales pour la survie des colonies

Reines bourdons : pourquoi leurs « pauses stratégiques » sont cruciales pour la survie des colonies

On les croise souvent dans les jardins, bourdonnant d’une fleur à l’autre. Mais derrière leur allure tranquille, les bourdons cachent une organisation redoutablement efficace. Ces pollinisateurs essentiels à nos écosystèmes et à notre agriculture reposent sur un pilier unique : leur reine. Et contrairement à ce qu’on imagine, cette dernière sait aussi… s’arrêter.

Une étude menée par des chercheurs de l’université de Californie à Riverside et publiée dans le journal BMC Ecology and Evolution révèle en effet que les reines de bourdons prennent volontairement des pauses dans leur ponte au tout début de la création de leur colonie. Et ces pauses ne sont ni aléatoires, ni liées au stress : elles suivent un rythme précis, potentiellement crucial pour la réussite de l’ensemble de la colonie.

Une reine bourdon commence seule… puis marque un temps d’arrêt

Chez les bourdons, tout commence avec une seule reine. Après l’hibernation, elle part seule à la recherche d’un abri, construit son nid, récolte de la nourriture, réchauffe sa couvée avec ses muscles alaires… et pond ses premiers œufs. Un marathon solitaire.

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Mais très vite, les scientifiques ont remarqué un phénomène inattendu : après une première salve d’œufs, la reine cesse de pondre pendant plusieurs jours. Cette pause, observée systématiquement chez les Bombus impatiens (une espèce commune en Amérique du Nord), intervient environ quatre jours après la première ponte, et dure en moyenne une semaine.

Un timing qui colle au développement de la couvée

Loin d’être une simple baisse de régime, cette pause semble coordonnée avec le développement des larves. Lorsque des pupes (stade avancé de développement) sont présentes dans le nid, la reine reprend rapidement la ponte — parfois au bout d’un jour et demi. En revanche, sans couvée, elle peut attendre jusqu’à 12 jours avant de se remettre à pondre.

« Il y a quelque chose dans la présence des pupes qui semble signaler à la reine qu’il est temps de produire à nouveau », explique Blanca Peto, autrice principale de l’étude publiée dans BMC Ecology and Evolution. Autrement dit, la reine ajuste sa production d’œufs en fonction de la maturité de sa couvée. Un moyen malin d’éviter de pondre plus d’œufs qu’elle ne peut en gérer seule.

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Reproduction et stratégie de survie

Ce mécanisme ne serait pas seulement une économie d’énergie. Les chercheurs ont découvert que durant cette pause, les reines réabsorbent certaines cellules reproductrices (les ovocytes) afin de rediriger leurs ressources vers le soin des œufs déjà pondus. Une forme de stratégie adaptative, où chaque énergie compte.

Et cette tactique n’est pas propre à une seule espèce. Les scientifiques ont observé le même comportement chez trois autres espèces de bourdons. Ce qui suggère une stratégie partagée parmi plusieurs espèces sociales à fondation solitaire.

L’arrivée des ouvrières relance la machine

Autre point clé mis en évidence : la présence d’ouvrières stimule la reine. Dans les nids où les premières ouvrières étaient retirées, la ponte chutait fortement. À l’inverse, lorsque les jeunes ouvrières étaient présentes, la reine pondait plus et le nombre total de larves augmentait. La reproduction chez les bourdons ne dépend donc pas uniquement de la physiologie de la reine, mais aussi de signaux sociaux.

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Une fois que des ouvrières prennent le relais des soins aux jeunes, la reine peut pleinement se consacrer à sa mission reproductive. Ce roulement est essentiel au bon développement de la colonie.

Une piste précieuse pour la conservation des bourdons

Alors que les populations de bourdons sont en chute libre à cause des pesticides, de la disparition des habitats et du changement climatique, comprendre le fonctionnement intime de la fondation d’une colonie prend une importance vitale.

« Sans reines, pas de colonie. Et sans colonies, on perd des pollinisateurs essentiels », rappelle Blanca Peto. Ces pauses, qui pouvaient sembler anodines, sont peut-être la clé de leur résilience.

En mettant en lumière cette flexibilité reproductive et le rôle central de la reine au démarrage, cette étude bouscule l’idée reçue selon laquelle une reine d’insectes sociaux serait en ponte continue. Chez les bourdons, tout commence par une pause — et c’est peut-être ce qui fait toute la différence.

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