Les déplacés, un fardeau pour les villes du Sahel

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Abdoulaye Sawadogo ne sait plus vers qui se tourner pour récupérer sa parcelle: quand ce cultivateur a accueilli quelques déplacés qui cherchaient un endroit où déposer leur baluchon après avoir fui les violences dans le nord du Burkina Faso, il pensait que cela serait l’affaire de quelques semaines.

Las! Cela fait maintenant plus d’un an. Environ mille déplacés ont élu domicile sur son terrain de deux hectares dans les faubourgs de Kaya, dans le Centre-Nord.

Quelque 3,5 millions de personnes, selon l’ONU, ont fui les violences jihadistes et communautaires au Niger, au Mali et au Burkina Faso, où ils sont plus d’un million.

« On ne peut plus cultiver l’arachide comme avant, les partenaires nous avaient promis un appui financier mais ça ne vient toujours pas », explique Abdoulaye Sawadogo, 37 ans, qui a hérité du terrain familial. « Présentement, nous on n’a rien, on a des gros problèmes pour manger et juste avoir un peu de sous ».

Ils sont nombreux comme lui à Kaya, et dans les villes dites secondaires du Sahel, principales zones d’accueil des déplacés.

« En dépit de leur générosité, ces communautés d’accueil sont à bout: les besoins de protection et humanitaires sont énormes et ne font qu’accroître la pression sur des ressources et des services de base pourtant déjà fortement limités », explique Xavier Creach, coordinateur Sahel du Haut commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR).

A Kaya depuis deux ans, la population a quadruplé (selon la municipalité, doublé selon Ouagadougou) avec l’arrivée des déplacés, passant de 117.000 à près de 400.000. Dans son bureau, le maire Boukaré Ouédraogo essaie de faire face mais avoue être « submergé ».

– L’école en première ligne –

« On n’avait pas prévu ce mouvement massif. Cela est devenu un coût », explique-t-il entre deux coups de fil, à quelques jours du double scrutin présidentiel et législatif au Burkina.

Dans cette ville commerçante, comme à Ségou ou Mopti dans le centre du Mali, ou Tillabéri dans le sud-ouest du Niger, les déplacés trouvent majoritairement refuge dans des familles.

Ces nouveaux habitants se fondent dans le paysage urbain, si bien qu’à Kaya, il est quasiment impossible pour le quidam de se rendre compte de la nouvelle densité de population.

En juin 2019, des déplacés étaient arrivés par grandes vagues à Ouagadougou, la capitale. Ils s’étaient installés dans des zones périphériques, avant d’en être refoulés. Les huit sites qu’occupaient ces déplacés dans l’arrondissement 9 de Ouagadougou ont été réduits à trois. Les autorités communales, invoquant le manque d’infrastructures et le risque d’infiltration d’individus suspects, ont invité les déplacés à regagner leurs localités ou les sites d’accueil dans les chefs-lieux de leur région d’origine.

« Les gens se déplacent vers des zones facilement accessibles » et s’agglutinent dans les villes, qui « se retrouvent dépassées », dit Armand Joseph Kaboré, du centre de recherches Laboratoire Citoyennetés à Ouagadougou.

Dans un quartier périphérique de Kaya, l’école Koum-Lakré est en première ligne.

– « Beaucoup d’élèves, beaucoup de problèmes » –

Poussibila Sawadogo, professeur de CE1, fait désormais classe à 140 enfants sous une tente effilochée.

« C’est triste, nos conditions de travail », dit-il. Le soleil se faufile dans les trous de la bâche, tendue entre deux arbres.

« Beaucoup d’élèves, ça amène beaucoup de problèmes, comment on assure la discipline? Le rendement ne peut pas être aussi bon » qu’avant, explique le directeur Hamadou Sawadogo, dont l’école était déjà surpeuplée (75 élèves par classe) avant l’arrivée des déplacés.

L’éducation est un problème à gérer parmi d’autres. « Les déplacés, il faut leur trouver à manger, il faut qu’ils boivent, il faut la cohésion entre eux et les habitants, il faut la sécurité… », égrène le maire Ouédraogo.

Les forages d’eau, déjà insuffisants avant cette crise, manquent cruellement désormais et les queues s’allongent devant les pompes pour remplir bidons, bouteilles et seaux. Pour la nourriture, beaucoup dépendent des distributions humanitaires.

Le foncier est un problème majeur pour l’avenir de ces villes: les constructions en zone non lotie se multiplient, et les terrains disponibles sont de moins en moins nombreux.

Les villes secondaires « vont se développer à plusieurs niveaux », dit M. Kaboré: dans le premier cercle, « une population qui a les moyens de vivre en ville, qui aura accès à l’eau, l’éducation, la santé », alors qu’autour vont s’installer « tous ceux qui seront en marge des services publics ».

Et de prévenir: « Il faut qu’on travaille. Ces villes vont être explosives, la situation va forcément créer de nouveaux conflits ».

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