Le procès de l’ancien président français Nicolas Sarkozy, accusé d’avoir conclu un accord secret avec le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi pour financer sa campagne de 2007 en échange de faveurs diplomatiques, s’est achevé après des semaines d’audiences mouvementées. La décision de la justice, attendue le 25 septembre, pourrait condamner l’ex-chef de l’État à sept ans de prison, 300 000 euros d’amende et cinq ans d’inéligibilité – une sanction historique pour un ancien président de la République.
Au cœur des débats : l’accusation selon laquelle Sarkozy aurait reçu des millions d’euros du régime libyen pour sa campagne, une allégation catégoriquement rejetée par l’intéressé. « Vous ne trouverez pas un euro, pas un centime libyen dans ma campagne », a-t-il martelé, dénonçant une « accusation politique et violente ».
Mémoires bafouées et diplomatie trouble
Le procès a également ravivé des blessures anciennes. Les familles des victimes de l’attentat contre le vol UTA 772 en 1989, attribué à la Libye, ont exprimé leur désarroi face à l’idée que la mémoire de leurs proches ait pu servir de monnaie d’échange. « Qu’ont-ils fait de nos morts ? », a lancé Nicoletta Diasio, fille d’une des 170 victimes, évoquant un possible « marchandage » lors de négociations franco-libyennes.
Dans les années 2000, après des décennies d’isolement lié à son soutien au terrorisme – dont l’attentat de Lockerbie en 1988 –, la Libye entame un rapprochement avec l’Occident. En 2007, Sarkozy suscite la polémique en accueillant Kadhafi à Paris avec faste, autorisant même l’installation d’une tente bédouine près de l’Élysée. Un geste qualifié de « dépassement diplomatique » par ses détracteurs, mais que l’ex-président justifie par la libération de cinq infirmières bulgares et d’un médecin palestinien, détenus en Libye sous de fausses accusations.
De l’alliance à la chute
Les procureurs soupçonnent cependant des échanges bien plus opaques. Selon l’enquête, Sarkozy aurait promis de faire lever un mandat d’arrêt international contre l’ex-espion libyen Abdallah Senoussi – condamné en France pour l’attentat du vol UTA – en contrepartie de financements. Une thèse étayée par des rencontres secrètes en 2005 entre des proches de Sarkozy et Senoussi, ainsi que par les déclarations récentes de Seif al-Islam Kadhafi, fils de l’ex-dictateur, affirmant avoir remis 4,5 millions d’euros en liquide à l’équipe de campagne.
Ironie de l’histoire : en 2011, Sarkozy sera le premier dirigeant occidental à appeler à la chute de Kadhafi, soutenant les rebelles lors du Printemps arabe. Le régime libyen s’effondre, et le dictateur est lynché par une foule en colère. Une volte-face qui, pour ses avocats, prouverait l’absence de collusion passée.
Entre déni et fierté, l’ancien président clame son innocence, tandis que le verdict approche. Un procès qui, au-delà d’un homme, interroge les zones d’ombre des liens entre pouvoir, diplomatie et argent.

