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Des dockers français bloquent une cargaison à destination d’Israël : tensions autour de pièces d’armes à feu au port de Marseille-Fos

Des dockers français bloquent une cargaison à destination d’Israël : tensions autour de pièces d’armes à feu au port de Marseille-Fos

Conflit à Gaza, soupçons de complicité indirecte, et mobilisation syndicale : au port de Marseille-Fos, des dockers ont refusé de charger une cargaison suspectée de contenir du matériel militaire destiné à Israël.

Le port de Marseille-Fos est au cœur d’une vive polémique. Des dockers ont refusé de charger un conteneur en partance pour le port israélien de Haïfa, estimant que celui-ci contenait des pièces détachées destinées à l’armée israélienne. Cette décision, portée par le syndicat CGT, s’inscrit dans un contexte de tensions croissantes autour de la guerre à Gaza.

Une cargaison qui ne passe pas

À l’origine de la discorde : un conteneur de 19 palettes de maillons métalliques, utilisés pour relier les munitions dans des mitrailleuses, selon la CGT. Ces pièces auraient été fabriquées par Eurolinks, une entreprise basée à Marseille spécialisée dans la production de composants pour armes automatiques.

Alertés par plusieurs réseaux militants, les dockers ont identifié la cargaison, programmée pour quitter le port ce jeudi à destination d’Israël. Ils ont immédiatement décidé de la bloquer.

« Nous refusons de la charger sur le navire à destination de Haïfa », a affirmé le syndicat dans un communiqué sans équivoque.

Une opposition assumée au conflit à Gaza

Pour la CGT, ces pièces sont clairement destinées à alimenter l’appareil militaire israélien, dans le cadre du conflit en cours à Gaza.

« Ces maillons sont des pièces de rechange pour des mitrailleuses utilisées par l’armée israélienne pour poursuivre le massacre de la population palestinienne », accuse le syndicat. « Le port de Marseille-Fos ne doit pas être complice de ce génocide en cours. »

Le ministère français des Armées conteste fermement cette version. Interrogé par FranceInfo, il assure que la France ne fournit aucune arme à Israël. Les composants seraient, selon lui, assemblés en Israël avant d’être exportés vers d’autres pays — dont la France — conformément à une licence officielle.

« Israël reste un partenaire. Nous n’allons pas nous priver de sa technologie ni de son savoir-faire », précise le ministère.

Une livraison parmi d’autres

Ce n’est pas la première fois qu’un tel envoi est signalé. D’après une enquête conjointe menée par les médias Disclose et The Ditch, il s’agirait du troisième acheminement de ce type depuis le début de l’année. Le premier, en avril, portait sur 20 tonnes de matériel militaire. Le second, en mai, comprenait deux millions de munitions.

La journaliste Ariane Lavrilleux, de Disclose, a confirmé auprès de RFI que le destinataire de ces pièces est un fabricant israélien d’armement, fournisseur majeur de l’armée israélienne.

En mars dernier, Disclose et Marsactu avaient déjà alerté sur l’utilisation probable de ces pièces contre des civils à Gaza. À l’époque, le ministre des Armées, Sébastien Lecornu, avait reconnu des ventes similaires à IMI Systems, une entreprise israélienne qui se présente comme fournisseur exclusif de l’armée.

Mais pour Lavrilleux, le flou persiste : « La France n’a aucun moyen de vérifier si l’exportation se fait bien dans les conditions prévues. Il n’y a pas de preuve absolue que ces pièces sont utilisées à Gaza, mais le risque est réel. »

Un soutien politique à gauche

L’initiative des dockers a reçu un écho favorable au sein de la gauche française. Sur X (ex-Twitter), Manuel Bompard, député de La France insoumise, salue leur action : « Gloire aux dockers du port de Marseille-Fos… partout dans le monde, la lutte s’organise contre le génocide à Gaza. »

Jean-Luc Mélenchon a lui aussi exprimé son soutien, appelant à un « embargo immédiat sur les armes du génocide ».

Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste, a pour sa part salué le geste en ces termes :

« L’humanisme n’est pas à vendre. »

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