L’accord commercial entre l’Union européenne et les États-Unis, conclu dimanche, fait grincer bien des dents à Paris. Au lendemain de son annonce, le Premier ministre français François Bayrou a vivement dénoncé un texte jugé déséquilibré et défavorable à l’Europe. Sur le réseau social X (ex-Twitter), il n’a pas mâché ses mots : « C’est un jour sombre, celui où une alliance de peuples libres, unie pour affirmer ses valeurs et défendre ses intérêts, se résigne à la soumission. »
Accord Van der Leyen-Trump : c'est un jour sombre que celui où une alliance de peuples libres, rassemblés pour affirmer leurs valeurs et défendre leurs intérêts, se résout à la soumission.
— François Bayrou (@bayrou) July 28, 2025
Paris en colère contre un accord jugé déséquilibré
Cet accord, qui maintient les droits de douane à 15 % sur la majorité des importations européennes – évitant ainsi un passage à 30 % initialement prévu dès le 1er août – est loin de satisfaire les autorités françaises. Si certains y voient un soulagement temporaire, le gouvernement français estime que Bruxelles aurait pu obtenir bien mieux en utilisant tout le poids du marché unique européen.
Le ministre délégué à l’Europe, Benjamin Haddad, a clairement exprimé son désaccord : « Disons-le franchement : la situation actuelle est insatisfaisante et ne peut durer. » Même son de cloche du côté du ministre du Commerce extérieur, Laurent Saint-Martin, qui a confié lundi sur France Inter : « Je ne veux pas que la France se contente de ce qui a été décidé hier, ce serait accepter que l’Europe ne soit pas une puissance économique. »
La France pousse Bruxelles à hausser le ton face à Washington
Pour les ministres français, il est impératif que l’Union européenne sorte les muscles. Ils appellent Bruxelles à activer l’Instrument anti-coercition, un levier juridique permettant de restreindre l’accès des entreprises américaines aux marchés publics, aux investissements directs étrangers et aux marchés financiers européens. L’objectif : contraindre Washington à revoir sa copie. Reste à savoir s’il est encore possible d’amender un accord déjà validé au plus haut niveau.
Dans cette séquence houleuse, le président Emmanuel Macron reste, pour l’instant, étonnamment silencieux. Un contraste marqué avec Berlin et Rome : le chancelier allemand Friedrich Merz et la cheffe du gouvernement italien Giorgia Meloni ont salué l’accord sans réserve.
Un front politique inhabituel, de Bayrou à Le Pen
Autre fait marquant : la convergence de critiques entre François Bayrou et Marine Le Pen. La figure de l’extrême droite, fidèle à sa ligne eurosceptique, a dénoncé un « fiasco politique, économique et moral », accusant Bruxelles d’écraser la souveraineté nationale sous « le poids de sa propre bureaucratie ».
Des propos qui, d’ordinaire, seraient restés cantonnés à son camp. Et pourtant, même au sein de l’administration économique française, certains en viennent à lui donner raison, à demi-mot. « Ça me coûte de le dire, mais elle n’a pas tort », glisse un haut fonctionnaire du ministère de l’Économie, sous couvert d’anonymat.



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