Alors que 180 pays sont réunis à Genève pour finaliser un accord historique contre la pollution plastique, un bloc d’États producteurs de pétrole tente de freiner toute réduction de production et pousse pour un texte centré sur le recyclage. Les négociations, qui s’achèvent jeudi, pourraient décider si le futur traité s’attaque à la source du problème ou se limite à la gestion des déchets.
Des négociations sous haute tension à Genève
Depuis neuf jours, les délégations planchent sur le futur traité mondial contre la pollution plastique. Mais les divergences restent profondes : doit-on réduire la production à la source ou se concentrer sur le recyclage et la gestion des déchets ?
Entre 2000 et 2020, les déchets plastiques ont doublé. Selon l’OCDE, ils pourraient atteindre 1,2 milliard de tonnes par an d’ici 2060 si rien ne change. Pourtant, après plus de deux ans et demi de discussions, aucun consensus clair ne se dégage.
Un « bloc pétrochimique » opposé aux réductions
La production de plastique repose à 98 % sur les énergies fossiles, d’après une étude de l’Université Tsinghua (Chine) en 2022. Un fait qui lie étroitement l’industrie plastique aux intérêts pétroliers et gaziers.
L’Arabie saoudite, la Russie, l’Iran, mais aussi l’Irak, le Koweït, l’Égypte, le Kazakhstan et l’Azerbaïdjan mènent l’opposition à toute coupe de production. Ces pays, qualifiés par les ONG de « bloc pétrochimique », avaient déjà bloqué des mesures similaires lors des discussions de Busan en novembre dernier.
« Les États-Unis adoptent des positions similaires », souligne Delphine Lévi Alvarès, du Centre for International Environmental Law (CIEL). « Ils produisent du pétrole et investissent massivement dans la production de plastique, chez eux ou à l’étranger. »
Plastiques : nouvel eldorado pour l’or noir
Avec la baisse attendue de la demande en pétrole pour les transports et l’énergie, les producteurs voient dans les plastiques un relais de croissance stratégique.
« Dans les années à venir, il est très probable que la demande pétrolière pour les transports stagne… Les pétrochimies et les plastiques seront les principaux moteurs de la consommation mondiale », explique Francis Perrin, directeur de recherche à l’IRIS.
En Arabie saoudite, les plastiques sont au cœur de Vision 2030, le plan de diversification économique piloté par Mohammed ben Salmane.
Le poids des lobbies à la table des négociations
Selon le CIEL, 234 lobbyistes du secteur pétrolier et chimique se sont enregistrés pour ces discussions – un record. C’est plus que l’ensemble des délégations des 27 pays de l’Union européenne, UE incluse.
Certains siègent même au sein des délégations nationales (Égypte, Kazakhstan, Chine, Iran…). Dow et l’American Chemistry Council ont chacun envoyé sept représentants, ExxonMobil six.
Les lobbyistes surpassent presque quatre fois le nombre de scientifiques réunis au sein de la Scientists’ Coalition for an Effective Plastic Treaty, et près de sept fois celui du Forum international des peuples autochtones sur les plastiques.
Le recyclage comme ligne de défense
Pour les États pétroliers, le problème du plastique ne se pose « qu’en fin de vie » et doit donc être réglé par le recyclage. Mais pour Lévi Alvarès, c’est une « tactique de diversion » : seulement 9 % des déchets plastiques sont recyclés dans le monde.
Ces pays invoquent aussi « le droit de déterminer eux-mêmes leur trajectoire de développement industriel ».
Les ONG alertent : ce choix risquerait de vider le traité de sa substance et d’ignorer les recommandations scientifiques, qui insistent sur la nécessité de réduire la production à la source.
« Quatre jours avant la fin des négociations, nous ne sommes pas sur la bonne voie pour obtenir un traité qui protégera les populations et la nature », a déclaré une coalition d’organisations, dont le CIEL.


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