L’arrestation de l’universitaire franco-iranienne Fariba Adelkhah est la dernière en date d’une série de prise d’otage diplomatique. À plusieurs reprises, les responsables iraniens ont utilisé ces prisonniers comme des pions dans leurs relations politiques avec l’Occident.
Depuis quelques années, l’Iran accentue sa campagne de détention d’universitaires iraniens à double nationalité. Ces arrestations que l’on peut actuellement définir comme des prises d’otage interviennent dans un contexte de vives tensions entre Téhéran et les pays occidentaux depuis que les Etats-Unis sont sortis unilatéralement en mai 2018 de l’accord international sur le nucléaire iranien de 2015.
Dernier exemple en date, celui de Fariba Adelkhah, arrêtée en Iran au début du mois de juin sans que les autorités de la République islamique jugent utile d’en expliquer les raisons.
L’Iran ne reconnaissant pas le double nationalité, le régime iranien n’a pas prévenu l’ambassadeur français au moment de son arrestation. Ce sont les amis de cette anthropologue qui ont alerté le Quai d’Orsay. La diplomatie française, perpétuant sa politique de complaisance envers le régime iranien à demander de garder cette information confidentielle. Mais la situation n’évoluant pas, l’annonce de sa détention a été rendue publique pour tenter de faire évoluer les choses. En vain jusqu’ici. Son emprisonnement pour espionnage a été confirmé mi-juillet par les services de renseignements des Gardiens de la Révolution. Cette dernière exaction des mollahs met de nouveau en lumière les tentatives de pression du régime sur les gouvernements occidentaux via la détention de ressortissants binationaux.
L’Iran détient actuellement plusieurs personnes ayant le double nationalité, arrêtées sur des accusations sans fondement, et parfois sans aucune accusation, au cours de leurs visites en Iran. La justice iranienne est une machine de répression qui suit la politique des services spéciaux. Tous les binationaux sont soupçonnés d’être des agents.
Étrangers arrêtés en Iran puis utilisés comme monnaie d’échange cela existe depuis quatre décennies en Iran. Cette diplomatie par la terreur est un des piliers de la politique extérieure de la théocratie iranienne. Aucune nationalité n’est épargnée. Américains, Libanais Slovaques, Suédois, Canadiens, Britanniques, Français…La liste est longue et les exemples nombreux.
Clotilde Reiss, étudiante française a été arrêtée en juillet 2009 et accusée d’avoir participé à des manifestations antigouvernementales avant d’être condamnée pour espionnage. Sa libération en mai 2010 a été suivie par la libération d’Ali Vakili Rad, qui était emprisonné en France pour l’assassinat de Chapour Bakhtiar, l’ancien Premier ministre iranien.
Rappelons que le diplomate iranien, en poste en Autriche, Assadollah Assadi, actuellement emprisonné en Belgique est le commanditaire de la tentative d’attentat contre le rassemblement de l’OMPI, le principale mouvement de l’opposition iranienne, à Paris l’année dernière
C’est, pour Téhéran, une véritable catastrophe car c’est la première fois qu’un diplomate iranien est arrêté et inculpé dans une affaire de terrorisme en Europe. S’il paraît au procès, les méthodes de son service seront exposées et s’il est condamné, ce sera un véritable séisme dont la diplomatie iranienne pourrait bien ne jamais se remettre.
C’est dans ce contexte-là qu’intervient, l’arrestation de Madame Adelkhah : en l’arrêtant sous des prétextes fantaisistes, le régime pense disposer d’un levier puissant contre Paris, permettant de faire pression sur la France, afin que celle-ci, à son tour, obtienne de la Belgique l’élargissement d’Assadi. Avant le procès.
Si Paris se couche à nouveau, ce sera – outre la totale immoralité de cette attitude – une mise en danger de tous les ressortissants français (en particulier les Franco-Iraniens) qui pourraient, à chaque fois que Téhéran souhaite obtenir quelque chose de la France, se retrouver dans les sinistres geôles du régime…
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