Le fromage de brebis des Pyrénées, victime indirecte du coronavirus

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Conséquence inattendue de la crise sanitaire du coronavirus : la qualité de l’herbe sur les sommets des Pyrénées est compromise et avec elle la qualité et la quantité des célèbres fromages de brebis produits durant l’estive.

Avec l’approche de l’été, la transhumance des troupeaux de brebis doit commencer ces prochains jours dans le Béarn, mais les bergers redoutent une saison « très compliquée » après les restrictions du printemps.

Le confinement les a contraints, comme tout le monde, à rester chez eux. Pas question, donc, de partir en montagne pour entretenir les cabanes qui les accueillent pendant l’estive.

Ce sont les 13 gendarmes du peloton de haute montagne, basé à Oloron-Sainte-Marie, qui s’en sont chargés. « On a proposé notre aide au début du confinement à l’Institut patrimonial du Haut Béarn qui nous a donné une liste d’une cinquantaines de cabanes à aller inspecter », explique le chef Renaud Saison. Il peut y avoir eu des coulées d’avalanches dans l’hiver ou bien des tuiles manquantes ou cassées sur les toits, détaille le gendarme.

Mais les bergers sont avant tout préoccupés par la qualité de l’herbe, compromise en montagne par l’interdiction de tout écobuage durant le confinement, selon l’association des éleveurs transhumants des vallées béarnaises.

Le 20 mars, la préfecture des Pyrénées-Atlantiques décidait de suspendre la pratique « jusqu’à la fin du confinement », afin que « les services départementaux d’incendie et de secours ainsi que la gendarmerie se concentrent exclusivement à la protection de la population ».

L’écobuage, cette pratique ancestrale qui consiste à mettre le feu à des parcelles délimitées afin d’en brûler la végétation dite « sèche », permet le fleurissement d’une herbe tendre et feuillue, idéale pour le pâturage.

Jeanine Loustau, bergère installée à Arette et Ledeuix, qui monte en estive à Accous, en vallée d’Aspe, ne « comprend pas du tout » la décision de la préfecture et estime au contraire que le confinement aurait été « un moment idéal, puisque la montagne était vide de tout marcheur pendant deux mois! »

Sans écobuage, « l’herbe de l’an passé fait un tapis au sol et la végétation qui parvient à percer la couche, c’est du ligneux, des tiges qui se sont renforcées qui n’ont pas la même valeur fourragère ou laitière que l’herbe tendre », précise Julien Lassalle, président de l’association des éleveurs transhumants.

– « On se sent oubliés » –

Ce « tapis », en cas d’humidité, dégage même une odeur repoussante pour les brebis, qui renoncent à pâturer.

Habituellement pratiqué entre mars et avril, l’écobuage n’est désormais plus d’actualité. « Entre temps, le gros bétail c’est-à-dire les vaches et les chevaux ont été montés, donc la cohabitation avec des écobuages est impossible », explique Julien Lassalle. D’autant que depuis 2012, la pratique est interdite entre avril et octobre « afin de contrôler des écobuages non réglementés qui pourraient partir en feu », souligne la préfecture.

Les 380 bêtes de Jeanine Loustau monteront donc à Accous dès le début du mois de juin, mais l’éleveuse ne se fait pas d’illusion : « Il n’y aura pas d’herbe, donc pas de lait et pas de fromage. On a parlé de l’agriculture pendant deux mois, pour qu’on nourrisse les gens, mais à côté de ça on se sent oubliés », souffle l’éleveuse.

Elle dit avoir « sérieusement envisagé  » de renoncer à l’estive, sans s’y résoudre. « Les brebis en ont besoin et l’exploitation aussi parce qu’on ne peut pas faire les foins si les bêtes sont là. C’est indispensable sur des petites surfaces comme les nôtres ». Pour elle, le fromage d’estive, produit savoureux qui fait souvent la notoriété d’une ferme, représente 30% de sa production annuelle.

La crise sanitaire a également rendu impossible un aspect important de la transhumance : la fête qui l’accompagne. Là aussi, les rassemblements aux départs des transhumances ont été interdits. « C’est un moment important pour nous parce qu’il y a beaucoup de participation et ça nous permet de créer du lien avec les gens du pays, les touristes, les consommateurs. Ce sont des moments privilégiés où on se fait du bien », regrette Julien Lassalle.

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