le rugby géorgien, une histoire française

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Samedi à Twickenham, la sélection géorgienne de rugby entamera un nouveau chapitre de sa jeune histoire, opposée pour la première fois à trois nations européennes majeures (Angleterre, Galles, Irlande). Une croissance rapide à laquelle la France a contribué via le sélectionneur Claude Saurel, puis un import massif de joueurs.

« J’entraînais dans les jardins publics. On se plaquait contre les talus, c’est là qu’il y avait un peu d’herbe… Ils venaient de sortir d’une guerre civile, tout était défoncé. J’ai eu un garde du corps pendant 4 ans. »

Difficile d’échapper aux clichés romantiques quand on écoute le globe-trotter Claude Saurel, âgé de 72 ans, raconter ses débuts passionnants à la tête des « Lelos ». Le surnom de la sélection géorgienne tiré d’un sport traditionnel analogue au rugby, importé lui en pleine Guerre froide par un Franco-Arménien, Jacques Haspekian, dans ce pays rural du Caucase peuplé de seulement 3,7 millions d’habitants.

Au milieu des années 1990, Saurel, ancien entraîneur de Béziers, deux titres de champion de France (1981, 1983) à son actif, répond favorablement à la requête que lui adresse sur un trottoir un vice-président de la Fédération géorgienne installé pour les affaires à Montpellier. « Vous nous situez à peu près? On est passionnés de rugby, on a pris notre indépendance et on voudrait progresser, venez nous entraîner. »

– La fête à Félix-Bollaert –

Pour Saurel, pionnier du rugby mondial, également passé par le Maroc, la Tunisie et la Russie, l’aventure dure sept ans et se termine par une première participation à la Coupe du monde de rugby, en 2003 en Australie où les Lelos coulent face à l’Angleterre (84-6) et craquent face à l’Afrique du Sud (46-19).

Qu’importe, Saurel a posé les bases. « J’ai rencontré des gens passionnés, magnifiques, des joueurs au gabarit exceptionnel. Je me suis dit: ces gens sont faits pour jouer au rugby », se souvient dans un entretien à l’AFP l’Héraultais, arrivé à Tbilissi avec un préparateur physique. Très vite, l’engagement – au départ bénévole – des deux professionnels paye. « On était le 39e pays européen et rapidement, on est arrivé 7e. » La Russie, le grand frère honni, n’a plus jamais battu les Lelos.

Henry Broncan était leur consultant lors du Mondial 2007, lorsque les Lelos ont remporté une victoire historique face à la Namibie (30-0) après avoir frôlé l’exploit face à l’Irlande (10-14). A Lens, le Gersois se souvient d’une « soirée dantesque » avec une délégation géorgienne multipliée par dix – de 40 à 400 personnes – et d’une impressionnante « solidarité » autour du pain et du vin partagés. « C’est vrai que la France a bien aidé la Géorgie et c’est tout à l’honneur de la France », estime Broncan.

– Main d’oeuvre bon marché –

Conseiller de certains entraîneurs, Saurel a planté les graines d’une filière géorgienne toujours plus présente en Top 14, et plus seulement en première ligne. « C’est un gros cliché qu’il va falloir faire disparaître », balaye Saurel qui avait dès 2001 mené la Géorgie à une probante 10e place à la Coupe du monde à VII, une discipline de trois-quarts où l’évitement est roi. L’éclosion de l’ouvreur Tedo Abzhandadze (Brive, 21 ans) et des demis de mêlée Gela Aprasidze (Montpellier, 22 ans) et Vasil Lobzhanidze (Brive, 24 ans) sont la preuve que la Géorgie avance vers une équipe complète.

En attendant, les Géorgiens font le bonheur d’une poignée de clubs de Top 14 et de Pro D2 (Brive, Bordeaux-Bègles, Montpellier, Aurillac) où leur réputation de « sérieux », de « rigoureux » et de « durs au mal », selon Goderzi Shvelidze, ancien pilier de Brive aujourd’hui co-entraîneur de l’équipe Espoirs, n’est pas démentie.

« Le bouche à oreille fonctionne beaucoup », explique Shvelidze pour expliquer la nette coloration géorgienne – 7 joueurs de l’effectif professionnel – prise par le club corrézien. « Il y a pas mal d’agents français qui travaillent sur les jeunes joueurs, pas tant sur le championnat de Géorgie que sur la Coupe du monde des moins de 20 ans. La détection des bons joueurs se fait également à travers le centre d’entraînement de Shevardeni, qui est un peu l’équivalent de Marcoussis en France. »

Une aubaine économique pour les petits budgets comme Brive et Aurillac, souligne Broncan. « Les Géorgiens coutent moins cher que les Sud-Africains, le Néo-Zélandais ou le JIFF (jeune joueur) français. C’est pour cela qu’on les retrouve dans les clubs un peu moins huppés de notre championnat. » Du Massif central à Twickenham, il reste une marche à franchir pour le rugby géorgien.

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