La tension est à son comble à Garoua où des affrontements violents ont opposé ce matin les forces de sécurité aux partisans d’Issa Tchiroma Bakary. Selon des sources locales, on déplorerait des morts. La zone est bouclée et l’accès aux médias restreint, alors que l’opposant dénonce un « assaut » contre des civils.
GAROUA – La ville de Garoua, bastion de l’opposition, est le théâtre ce matin de violents affrontements entre les forces de sécurité et les partisans d’Issa Tchiroma Bakary, le principal opposant à l’élection présidentielle récemment remportée par Paul Biya. La situation, extrêmement tendue, serait marquée par des tirs et des victimes, selon des témoignages recueillis auprès de journalistes présents sur place.
Un accès restreint pour les médias
La couverture des événements est rendue particulièrement difficile par les restrictions d’accès imposées par les forces de sécurité. Celles-ci ont interdit l’accès de la zone aux médias, et plusieurs journalistes auraient été arrêtés alors qu’ils tentaient de rendre compte de la situation. Un confrère présent près de la résidence de l’opposant a confirmé à notre rédaction qu’il y avait des morts à l’heure actuelle. Un journaliste de la BBC, présent sur les lieux, a pour sa part affirmé avoir distinctement entendu des coups de feu.
Tchiroma dénonce un « assaut » et des tirs sur des civils
Depuis ses comptes officiels sur les réseaux sociaux, Issa Tchiroma Bakary a lancé un cri d’alarme. L’opposant a dénoncé cet « assaut » des forces de sécurité, affirmant : « Ils tirent sur des civils qui campent devant chez moi. L’assaut est lancé ». Ces partisans, qui manifestaient depuis plusieurs jours pour contester les résultats de la présidentielle du 12 octobre, auraient donc été la cible directe des forces de l’ordre.
Le gouvernement avait mis en garde contre les « manifestations illégales »
La crise actuelle n’est pas une surprise. Dès samedi, lors d’une conférence de presse, le ministre de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji, avait adopté une ligne très ferme. Il avait mis en garde contre ce qu’il a qualifié de manifestations « illégales » et menacé de prendre des mesures contre leurs instigateurs. Cet avertissement semble aujourd’hui se concrétiser de la manière la plus brutale.
Un pays au bord de l’explosion politique
Ces événements à Garoua interviennent dans un contexte politique extrêmement volatil, quelques jours seulement après la confirmation par le Conseil constitutionnel de la victoire de Paul Biya avec 53,66% des voix. L’opposition et une partie de la société civile rejettent ces résultats, qu’elles estiment entachés d’irrégularités.
La gestion des manifestations et le blocage de l’information à Garoua risquent de jeter une lumière crue sur la crise politique et sociale que traverse le Cameroun, déjà aux prises avec la crise dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest et la menace de Boko Haram.
La communauté internationale est désormais attendue au tournant. Elle devra réagir à cette escalade de violence contre des civils et à ces entraves flagrantes à la liberté de la presse, dans un pays où l’espace démocratique ne cesse de se rétrécir.

