le Brésil champion du monde de la valse des entraîneurs

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Quatre faux pas et puis s’en va. Au Brésil, pays de la samba, c’est une autre danse, la valse des entraîneurs de football, qui rythme le championnat de première division, une zone d’instabilité chronique où la pression est maximale pour des résultats immédiats.

Après seulement 22 journées, la Série A du « Brasileirao » a déjà dénombré pas moins de 21 changements de techniciens, et pas seulement dans des équipes de bas de tableau.

Il y a deux semaines, le Catalan Domenec Torrent, ex-adjoint de Pep Guardiola, a été limogé alors que le champion en titre Flamengo était troisième, à un point du leader. Seuls cinq des 20 clubs de l’élite n’ont pas encore changé de coach depuis le début de championnat.

Le pays aux cinq étoiles de champion de monde est aussi celui où les entraîneurs sont les plus exposés à un limogeage rapide, et ça ne date pas d’hier.

C’est ce que montre une étude récente intitulée « L’impact des changements d’entraîneur dans le football brésilien », dirigée par l’Université du Sport de Cologne, en Allemagne, qui a scruté de près cette valse frénétique au Brésil de 2003 à 2018.

Sur cette période, pas moins de 37,1 changements ont été observés en moyenne à la tête des équipes de première division brésilienne, contre 21 en Argentine, 10 en Angleterre ou 4,9 en France.

– « Changer notre culture » –

Quatre mauvais résultats consécutifs sont souvent synonymes de couperet, tout comme une élimination en Copa Libertadores, qui augmente jusqu’à 560% la probabilité de prendre la porte.

« Le fait que l’analyse du rendement sur une série de quatre matches devienne un indicateur du maintien ou non de l’entraîneur montre à quel point les dirigeants brésiliens raisonnent à très court terme », peut-on lire dans ce document.

Certaines équipes peuvent consommer jusqu’à quatre entraîneurs par an. Parmi les grosses équipes, la plus instable dans ce domaine est Flamengo, avec 1,9 par championnat, suivi par Sao Paulo et Palmeiras (1,6).

Le travail des techniciens est d’autant plus difficile que les clubs vendent souvent assez rapidement leurs meilleurs joueurs en Europe.

« Il faut qu’on change notre culture. Les présidents de clubs doivent savoir pourquoi ils embauchent et pourquoi ils limogent leurs entraîneurs », dit à l’AFP Paulo Vinicius Coelho, commentateur pour la chaîne Sportv.

Alors que les entraîneurs de clubs sont sur un siège éjectable, le sélectionneur Tite, lui, est bien installé depuis 2016 et son contrat a été prolongé jusqu’en 2022 après le Mondial-2018, malgré l’élimination en quarts de finale en Russie. Mais c’était le premier à rester en poste après une Coupe du Monde, gagnée ou perdue, depuis Claudio Coutinho, en 1978.

L’adjoint de Tite, Cleber Xavier, a affirmé récemment que l’instabilité des techniciens était « un des plus grands problèmes » du football brésilien.

– Allers-retours de Ceni –

Un entraîneur reste un moyenne 65 jours dans le même club du « Brasileirao ».

L’année 2004 a battu tous les records, avec 52 changements.

Ça ne veut pas dire que tous les coachs limogés restent longtemps au chômage: une dizaine de techniciens entraînent au moins deux équipes par an.

Rogério Ceni est un cas emblématique d’allers et venues dans le foot brésilien. Légende vivante du Sao Paulo FC, où il a battu le record mondial de buts marqués par un gardien, il a débuté sa carrière d’entraîneur en 2017, dans son club de toujours, mais l’expérience a tourné court, après six mois et seulement 37 matches.

Il a rebondi à Fortaleza, qu’il a fait remonter dans l’élite dès sa première saison, avant de l’abandonner pour entraîner un club plus prestigieux, Cruzeiro, en août 2019. Mais il n’a tenu que trois mois et était tout heureux de voir Fortaleza l’accueillir à nouveau à bras ouverts deux mois plus tard.

Ça ne l’a pas empêché d’abandonner le club du nord-est à nouveau il y a deux semaines, pour reprendre Flamengo après le départ de Torrent…

« Les changements d’entraîneurs au Brésil sont mauvais pour la formation des jeunes joueurs et pour la qualité de jeu des équipes. Il faudrait fixer des limites dans le règlement, mais les clubs ne veulent pas », a déploré Tostao, attaquant mythique de la Seleçao championne du monde en 1970 avec Pelé, dans une chronique pour le journal Folha de S. Paulo.

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