le président Condé, sollicité pour briguer un 3e mandat, réserve sa réponse

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Le parti du président guinéen Alpha Condé lui a demandé jeudi de briguer un troisième mandat lors de la présidentielle d’octobre. Lui a dit « prendre acte », sans formellement s’engager, mais en esquissant déjà une ébauche de programme centré sur les femmes, les jeunes et les plus démunis.

Le chef de l’Etat a attendu la fin de la convention électorale de son parti, le Rassemblement du peuple de Guinée (RPG), pour s’exprimer devant les cadres venus de toutes les régions de Guinée, les représentants des partis alliés et les membres de son gouvernement.

Pendant deux jours, les délégués réunis au Palais du Peuple, siège de l’Assemblée nationale, ont plaidé pour qu’Alpha Condé, élu en 2010 et réélu en 2015, s’engage dans la course à la présidentielle, dont le premier tour est prévu le 18 octobre, malgré la vague de protestations que cette perspective soulève depuis des mois dans ce pays d’Afrique de l’Ouest.

« Il ressort des interventions un plaidoyer en direction du président Alpha Condé, pour qu’il veuille bien accepter la volonté du Peuple d’être le candidat unique du RPG », a résumé la députée chargée de la synthèse des travaux de la convention, Diakagbé Kaba.

« Je prends acte, vous avez entendu, je prends acte », leur a répondu en fin d’après-midi Alpha Condé, qui a toujours dit que « c’est son parti qui déciderait ».

« Si vous voulez que j’accepte votre proposition, il faut que vous vous engagiez à ce que le RPG redevienne ce qu’il était, un parti qui n’oublie personne », a-t-il ajouté, en citant les femmes, les jeunes et les plus démunis.

– Compteurs à zéro –

« Je ne veux plus qu’on gouverne comme avant en laissant certains au bord de la route », a-t-il assuré, en affirmant que « la bataille principale sera de lutter contre la corruption ».

« Il faut que nous nous entendions sur tout cela », il « faut qu’on se parle les yeux dans les yeux » pour « prendre des engagements précis », a aussi affirmé Alpha Condé, en précisant qu’il rencontrerait d’ici samedi les délégations du RPG des différentes régions du pays.

Le RPG compte en tout cas sur son champion pour « une victoire dès le premier tour », avait déclaré dans la journée la députée Zeinab Camara, rapporteuse de la commission chargée de la stratégie électorale.

La Constitution guinéenne limite le nombre de mandats présidentiels à deux, mais l’adoption en début d’année d’une nouvelle loi fondamentale (qui maintient cette limitation), lors d’un référendum boycotté par l’opposition, permet à M. Condé de remettre les compteurs à zéro, selon ses partisans.

Alpha Condé a, à de nombreuses reprises, critiqué cette limitation, la qualifiant d’injuste.

Lancée mi-octobre par le Front national pour la défense de la Constitution (FNDC), formé des principaux partis d’opposition et d’organisations de la société civile, la mobilisation contre un éventuel troisième mandat d’Alpha Condé, plusieurs fois réprimée, a fait des dizaines de morts parmi les manifestants.

– Plainte en France –

Alpha Condé, ancien opposant historique, est devenu en 2010 le premier président démocratiquement élu après des décennies de régimes autoritaires dans cette ancienne colonie française d’Afrique de l’Ouest, où plus de la moitié de la population vit dans la pauvreté malgré la richesse de son sous-sol.

Le chef de l’Etat avait déjà reçu en début de semaine le soutien d’une coalition de partis alliés au RPG, la Convention démocratique pour le changement dans la continuité (Codecc).

Alpha Condé fait l’objet de nombreuses critiques d’association de défense des droits de l’Homme qui lui reprochent les violences des forces de l’ordre lors des manifestations, qui ont fait quelque 200 morts depuis son arrivée au pouvoir, selon l’opposition.

Un collectif d’opposants guinéens a par ailleurs récemment déposé plainte en France contre Alpha Condé et plusieurs de ses proches pour corruption, trafic d’influence et blanchiment de corruption.

La société Alliance Minière Responsable (AMR), mise en cause dans cette plainte, a démenti mercredi les accusations à son encontre, les qualifiant de « totalement fictives ».

Sollicité par l’AFP, les autorités guinéennes n’ont pas souhaité réagir. « Ce n’est que de la pure calomnie, mais en cas de diffamation nous allons saisir nos avocats », a toutefois déclaré un responsable de la présidence ayant requis l’anonymat et s’exprimant de manière non officielle.

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