un Almodovar politique pour solder le passé de l’Espagne

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Il n’avait pas tout dit sur les mères: dans « Madres Paralelas » (Mères parallèles), en salles mercredi, Pedro Almodovar retrouve ses sujets de prédilection, la filiation et les figures féminines, avec un film qui veut aussi aider l’Espagne à panser les plaies de la Guerre civile.

L’actrice fétiche du cinéaste espagnol, Penélope Cruz, a décroché avec ce film le prix de la meilleure actrice lors de la Mostra de Venise, en septembre dernier.

Elle y incarne Janis (un clin d’œil à la chanteuse américaine Janis Joplin), une photographe quadragénaire. Elle tombe enceinte d’un ami archéologue et marié, qui lui a promis de l’aider à retrouver la sépulture de son arrière grand-père, disparu aux débuts de la guerre civile espagnole.

Un thème d’actualité en Espagne, où le gouvernement s’emploie à faire avancer le travail de mémoire et sortir des fosses communes les milliers de victimes de la dictature franquiste.

Selon les estimations d’historiens et de descendants des victimes, plus de 100.000 victimes de la Guerre civile (1936-1939), remportée par Franco, qui a ensuite dirigé l’Espagne d’une main de fer jusqu’à sa mort en 1975, se trouvent dans des fosses communes.

« Nous ne pouvons pas solder définitivement notre histoire tant qu’on n’aura pas payé notre dette envers les disparus », a déclaré lors de la Mostra de Venise l’ancien enfant terrible de la Movida.

« Dans les foyers espagnols, chez moi par exemple, personne ne parlait de la guerre ». Aujourd’hui, en Espagne, « ce sont les générations des petits enfants qui demandent l’addition », car ce traumatisme collectif a été mis sous le tapis « à l’arrivée de la démocratie », a-t-il poursuivi.

– « Mères imparfaites » –

Celui qui filme les femmes et la libération des mœurs depuis ses débuts dans les années 1980 (« Pepi, Luci, Bom et les autres filles du quartier ») reste fidèle à ses thèmes et à son style, même s’il s’est assagi. Il tisse autour de cette mère qui recherche son aïeul une intrigue à tiroirs, sans retrouver toutefois la force de ses films les plus marquants.

Aux côtés de Penélope Cruz, le réalisateur a embauché une jeune actrice, Milena Smit, 24 ans. Elle incarne Ana, une jeune femme qui accouche en même temps que Janis, dans la même maternité.

Pour elles, comme pour la génération de leurs mères ou de leurs grands-mères, qui ont perdu un père ou un mari lors de la guerre civile, le monde se construit sans les hommes, lâches, absents ou violents.

Toutes deux verront leur destin bouleversé: Ana, parce que son bébé succombe de mort subite, Janis parce que les tests ADN prouvent qu’elle n’est pas la mère de son enfant. Sur fond de secret inavouable, une relation amoureuse va se nouer entre ces deux mères célibataires, rattrapées par le passé.

L’auteur de « Volver », « Parle avec elle » ou « La mauvaise éducation » s’inspire une nouvelle fois d’une enfance « entourée de femmes », sa mère comme ses voisines. Mais avec ce film, il a choisi de mettre en scène des « mères imparfaites, discutables, ou du moins qui traversent des périodes très difficiles », et non des personnages maternels « omnipotents ».

L’intrigue s’imprègne aussi de questionnements récents: renouveau du féminisme (Penélope Cruz arbore chez elle un T-Shirt « We should all be feminists »), ou harcèlement sur les réseaux sociaux.

Penélope Cruz n’a pas hésité à dire une nouvelle fois « oui » au plus iconique des réalisateurs espagnols: « C’est un personnage difficile », a-t-elle expliqué à Venise. Ce film « a été tout un voyage, très intense mais très bon ».

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