Au Katanga, le cercueil de Lumumba exposé sur le lieu de son meurtre pour une veillée funèbre

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Au Katanga, l'étape de la mise à mort de Patrice Lumumba, de retour en RDC

Le cercueil de Patrice Lumumba est arrivé dimanche au Haut-Katanga dans le sud-est de la République démocratique du Congo où une veillée funèbre est organisée sur le lieu du meurtre du héros de l’indépendance.

Après avoir été accueilli à l’aéroport international de Lubumbashi par le Premier ministre Jean-Michel Sama Lukonde et de nombreuses personnes, le cercueil a été conduit à Shilatembo, à plus de 50 km, lieu où Lumumba et deux de ses compagnons avaient été assassinés le 17 janvier 1961.

A Shilatembo, un mausolée a été construit pour accueillir le cercueil pour la nuit. Des officiels, une importante délégation de chefs coutumiers, des membres de sa famille et une foule ont investi les lieux pour rendre hommage aux trois hommes, dans « un sentiment de tristesse mêlée à la joie », a déclaré le gouverneur du Haut-Katanga, Jacques Kyabula.

Avec le retour au pays de ce qui reste du corps de Lumumba, une dent, l’heure a sonné pour que « l’histoire de la RDC soit écrite au Congo », a déclaré le Premier ministre Sama Lukonde.

« Avec l’esprit de Lumumba au pays, il est désormais possible de réaffirmer la puissance de la RDC face aux ennemis », a déclaré pour sa part Guy-Patrice Lumumba, l’un de ses fils.

Sous une pluie fine, le 17 janvier 1961 à Shilatembo un peloton d’exécution attendait Lumumba, premier Premier ministre de l’ex-Congo belge indépendant et deux camarades, Joseph Okito, vice-président du Sénat et Maurice Mpolo, ministre de la Jeunesse, raconte à l’AFP l’historien Guillaume Nkongolo, professeur à l’Université de Lubumbashi.

Déchus, accusés en pleine guerre froide d’être communistes, les trois hommes avaient été amenés dans la localité de Shilatembo, à environ 50 km de Lubumbashi, la grande ville minière de la région.

L’ordre était de les exécuter, à la nuit tombée, au pied d’un arbre, après leur avoir fait subir d’atroces tortures sur injonction des autorités provinciales du Katanga, en sécession à cette époque, avec la complicité d’hommes de main belges.

« Avant de recevoir l’ordre de dépecer et de plonger les trois corps dans l’acide sulfurique, les bourreaux les avaient enterrés puis déterrés le lendemain », raconte le Pr Nkongolo. « Un pied de Lumumba sortait de la terre parce qu’il avait été enterré dans la précipitation », raconte-t-il.

« Les tortures et ce triple assassinat s’étaient déroulés en présence de trois ministres du gouvernement sécessionniste du Katanga dirigé par Moïse Tshombe », poursuit-il.

Lors de la restitution solennelle lundi dernier par la Belgique à la RDC d’une dent de Patrice Lumumba, seul reste de sa dépouille, le Premier ministre belge Alexander De Croo a renouvelé les « excuses » de Bruxelles pour la responsabilité de certains dirigeants et fonctionnaires de l’ex-puissance coloniale dans cet assassinat, dont les circonstances restent toutefois entourées de mystère.

– Dernier voyage –

Aujourd’hui encore, Shilatembo garde les secrets de cette déchirante nuit du supplice de Lumumba et de ses compagnons.

Après des années d’abandon, le site s’est transformé en un lieu touristique aménagé, avec une statue de Patrice Lumumba, mais aussi de l’ancien président Laurent-Désiré Kabila, tombeur du dictateur Mobutu Sese Seko, du chef religieux Simon Kimbangu ou encore de la prophétesse Kimpa Vita, considérée comme la Jeanne d’Arc de la RDC.

On y trouve aussi des bustes d’une dizaine de leaders panafricains, Kwame Nkrumah, Nelson Mandela, Thomas Sankara, … et l’épave d’un vieux bimoteur DC2 transformé en restaurant, censé symboliser le dernier voyage en avion de Lumumba ce funeste 17 janvier 1961.

En réalité c’est un DC4 qui l’avait amené de Léopoldville (Kinshasa) à Elisabethville (Lubumbashi), précise le Pr Nkongolo.

Début 2021, une équipe de l’AFP avait retrouvé à Shilatembo une statue en argile de Patrice Lumumba, un monument isolé, inachevé, presque abandonné, qui se dressait en pleine nature à l’écart d’une voie rapide.

Le cercueil contenant la relique de Patrice Lumumba, après les étapes du Sankuru (centre), sa terre natale, de Kisangani (nord-est), ancien fief politique du héros national et l’ex-Katanga, le lieu de son assassinat, le cap est mis sur Kinshasa.

A Shilatembo, un office religieux œcuménique est présidé par Mgr Emmanuel Mumba, évêque auxiliaire de Lubumbashi qui a lancé la veillée mortuaire qui durera toute la nuit. Elle sera ponctuée par des témoignages et les musiques traditionnelles et folklore tetela, la tribu de Lumumba.

A Kinshasa, les drapeaux seront mis en berne lundi comme dans le reste du pays pour un deuil national de quatre jours. La cérémonie d’inhumation se déroulera le 30 juin, jour de la fête de l’Indépendance.

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