La lanceuse d’alerte de Facebook à Bruxelles, un soutien clé pour réguler le net

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Après Londres et Lisbonne et avant Paris, la lanceuse d’alerte de Facebook Frances Haugen poursuit son tour d’Europe lundi à Bruxelles, où l’UE compte sur son témoignage pour donner un coup d’accélérateur aux projets de régulation des géants du numérique.

L’ancienne employée du géant américain rebaptisé Meta, a rencontré le commissaire européen au Marché intérieur Thierry Breton, à l’origine de deux projets de législation (DSA et DMA), présentés en décembre 2020. Elle doit s’exprimer en fin d’après-midi devant les députés européens qui débattent de ces textes.

« On a vu l’impact que les grandes plateformes peuvent avoir sur nos démocraties et sociétés, notamment sur le bien-être de nos enfants », a déclaré le commissaire français à l’issue de son entrevue avec Frances Haugen, affirmant la détermination de l’UE à réglementer « ce qui ressemble toujours à un Far West digital ».

« Les efforts accrus de lobbying dont nous sommes témoins sont peine perdue: nous ne permettrons pas aux intérêts des entreprises d’interférer avec l’intérêt général des Européens », a-t-il averti, appelant à l’adoption du Règlement sur les services numériques (« Digital Services Act », DSA) et du Règlement sur les marchés numériques (« Digital Markets Act », DMA) dans la première moitié de 2022, période pendant laquelle la France occupera la présidence tournante de l’UE.

L’audition de la lanceuse d’alerte par les parlementaires européens doit permettre de « mieux comprendre les techniques que Facebook, mais aussi d’autres portiers de l’internet (« gatekeepers »), utilisent pour contrôler les flux de données », a déclaré l’eurodéputé allemand Andreas Schwab (PPE, droite) sur Twitter, souhaitant l’adoption par l’UE d’un « cadre légal clair ».

Le français Geoffroy Didier (PPE) a jugé « primordial » d' »ouvrir la boîte noire que sont les systèmes d’algorithmes » utilisés par ces plateformes pour recommander des contenus.

Le DSA veut interdire aux plateformes d’utiliser ces algorithmes pour promouvoir de fausses informations et discours dangereux, avec pour les plus importantes d’entre elles une obligation de moyens pour modérer les contenus.

– Pétition –

Frances Haugen, qui a déjà témoigné devant les parlementaires américains et britanniques, accuse notamment Facebook de répandre la haine en ligne et la désinformation en utilisant un système donnant la priorité aux contenus qui font le plus de clics.

Des affirmations démenties par le géant américain, qui souligne les efforts mis en oeuvre pour lutter contre ces contenus, assurant qu’il allait « consacrer plus de 5 milliards cette année à la sécurité » des utilisateurs et employer à cette tâche « plus de 40.000 personnes ».

« Nous avons presque diminué de moitié la quantité de messages de haine que les gens voient sur Facebook ces trois derniers trimestres », a indiqué Monika Bickert, vice-présidente de Meta.

Certains élus, comme l’eurodéputée allemande Anna Cavazzini (Verts), appellent aussi à une interdiction de la publicité ciblée, qui est au coeur du modèle économique des géants de la tech, une disposition qui n’est toutefois pas prévue en l’état dans le projet de régulation européen.

« L’incitation à collecter toujours plus de données et à en tirer de l’argent disparaîtrait, et cela réduirait donc aussi les discours de haine », a-t-elle argumenté auprès de l’AFP.

Mais une telle interdiction pure et simple, également réclamée par des ONG et associations de consommateurs, ne recueillerait pas les votes nécessaires au Parlement: le PPE et Renew Europe (centristes) y sont opposés, tout comme des Etats membres, en particulier la France et l’Allemagne, selon des sources à Bruxelles.

La Slovénie, qui assure la présidence de l’UE jusqu’à fin 2021, s’efforce de faire en sorte que les gouvernements européens adoptent une position commune sur ces projets de loi européens lors d’une réunion le 25 novembre. De leur côté les eurodéputés pilotant les discussions misent sur un compromis d’ici début 2022.

Lundi à Bruxelles, Frances Haugen a reçu une liste des signataires d’une pétition de soutien à ses actions, qui représentent plus de 80.000 personnes, selon l’ONG SumofUs.

Frances Haugen « nous donne enfin des preuves tangibles de ce que les militants, les chercheurs et la société civile ont toujours soupçonné (…) Sa venue ici alimente donc le débat sur la législation qui doit être adoptée, et nous espérons qu’elle le sera », a déclaré à l’AFP la militante Flora Rebello Arduini.

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