Les éléphants des cirques peuvent prendre leur retraite en Limousin

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Depuis la mi-octobre, Gandhi, une éléphante d’Asie de 52 ans, se promène sur les vertes collines du Limousin : elle est la première pensionnaire d’un refuge inédit en Europe, destiné à recueillir les vieux pachydermes issus des zoos et cirques.

L’idée a germé dans la tête de deux ex-soigneurs de zoos flamands, Sofie Goetghebeur et Tony Verhulst, pour répondre à l’interdiction -en place dans une vingtaine de pays européens et en voie d’adoption en France- d’employer des animaux sauvages dans les cirques et les spectacles.

Pour édifier leur « sanctuaire » Elephant Haven, Tony Verhulst, 49 ans, dont 15 passés comme soigneur d’éléphants au zoo d’Anvers et sa compagne Sofie, spécialisée dans les soins aux grands singes, se sont établis en 2016 dans une vieille ferme au toit en ardoises, nichée au milieu de 29 ha de pâturages à Bussière-Galant (Haute-Vienne), 1.300 habitants, au cœur du parc naturel Périgord-Limousin.

Le maire Emmanuel Dexet, d’abord « un peu surpris » mais « content » de l’arrivée de nouveaux acquéreurs pour d’anciennes terres agricoles délaissées, se laisse séduire par le projet.

Pendant cinq ans, la commune et le couple — qui à terme, compte recueillir six ou sept éléphants — échafaudent avec les autorités des procédures, notamment sur la sécurité au cas où les éléphants s’échapperaient dans les vastes forêts de noyers et de châtaigners de la région.

« Une maison de retraite pour éléphants, ça ne rentre pas vraiment dans les cases de l’administration », s’amuse aujourd’hui le maire.

En parallèle, le couple, épaulé ponctuellement par « plus d’une centaine de bénévoles », bâtit un parcours de huit hectares, clôturé par d’épais câbles de grues fixés jusqu’à 2,50 m de hauteur sur d’anciens poteaux EDF en béton armé.

Gandhi s’y promène une vingtaine de minutes cette matinée de novembre pour y déguster des branches de châtaigniers et de saules, des salades, quelques citrons – sa friandise préférée- régulièrement offerts par le voisinage.

Si la vénérable pachyderme a vécu en captivité une moitié de sa vie au Danemark, puis l’autre en Bretagne, le vent frais sur ces vallons à 400 m d’altitude la convainc de rentrer dans son enclos flambant neuf, chauffé constamment à 18°C par deux pompes à chaleur et un poêle.

Les aménagements auront coûté un total d’un million d’euros, financés d’abord par l’épargne du couple, puis des dons de particuliers et d’ONG de protection animale -Fondation Brigitte Bardot, One Voice, World Animal Protection, Animal Trust-, raconte Sofie Goetghebeur.

– Trouver d’autres pensionnaires –

Ici, l’enclos comprend six boxes pour accueillir au maximum trois femelles et les « séparer » si nécessaire car, selon M. Verhulst, « en zoo, les vieux éléphants se bagarrent quand ils manquent de place ».

Reste désormais à trouver d’autre pensionnaires. Pas une mince affaire…

Les cirques itinérants français possèderaient « une quinzaine d’éléphants », selon William Kerwich, président du syndicat des capacitaires d’animaux de cirques et de spectacles. Mais « on ne les donnera ni à eux, ni aux autres », prévient-t-il.

Pour Cécile Erny, directrice de l’association française des parcs zoologiques (Afdpz), l’ouverture de refuges tiers est « une intention toujours louable » mais la centaine de zoos français, qui abritent « 22 éléphants africains et 13 asiatiques », « ne se sent pas concernée ».

De par leur « mission de conservation », les parcs zoologiques « assurent l’accompagnement des animaux jusqu’à la fin de leur vie avec des soins appropriés et des enclos aménagés », indique-t-elle.

Pour M. Kerwich, dont la famille travaille avec des animaux depuis 150 ans, les deux créateurs d’Elephant Haven « sont sans doute des passionnés » mais soutenus par « une arche d’associations animalistes » meilleures pour « l’appel à pognon » via les dons que pour les soins aux animaux, tempète-t-il.

Méfiant, ce circassien cite l’exemple de l’ex-zoo de Pont-Scorff (Morbihan) où vivait Gandhi. Racheté par une ONG pour préparer le retour des animaux à la vie sauvage, il fut placé en liquidation judiciaire un an après.

« Remettre un éléphant dans un groupe, ça prend plusieurs années » et « enfermé six mois dans l’année » dans le centre montagneux de la France, « c’est une mort rapide assurée », craint-il.

Selon l’Afpdz, un éléphant peut vivre jusqu’à 70 ans à l’état sauvage, 60 ans en captivité. Pour Tony Verhulst, Gandhi « pourrait vivre encore 20 ans » dans son nouveau foyer.

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